Le sujet et le corrigé de philosophie - bac ES 2013

Le sujet et le corrigé de philosophie - bac ES 2013

Messagepar letudiant le Ven 14 Juin 2013 11:59

Les sujets

Que devons-nous à l'État ?

Interprète-t-on à défaut de connaître ?

Texte d'Anselme




Le corrigé
corrigé sujet 1 :

Problème: on peut d'abord entendre par « ce que nous devons à l'Etat » ce qu'il nous apporte mais c'est aussi ce que nous nous devons de faire à son égard.
On a tendance à penser que nous devons tout à l'Etat, c'est lui qui nous apporte à minima la protection des corps, des biens et des libertés et parfois même davantage: justice sociale et régulation économique. En somme, c'est l'Etat à qui on doit beaucoup et qui nous doit et non, les citoyens qui lui devraient : ils ne lui doivent qu'obéissance.
L'enjeu de ce sujet est de penser le rapport du citoyen à l'Etat selon deux angles: d'un côté doit-on tout attendre de l'Etat, jusqu'où doivent aller nos attentes? Et d'un autre côté, ne doit-on à l'Etat qu'obéissance, puisque on a tendance à distinguer voire opposer Etat et citoyens, Etat et société civile? Cette séparation entre l'Etat et nous ( le peuple) ne peut-elle pas aussi être interrogée?

Plan possible :
I. On peut penser que nous devons tout à l'Etat et qu'en échange on ne lui doit qu'obéissance
Si les hommes ont accepté de se soumettre à l'Etat, c'est-à-dire à un pouvoir souverain permanent institutionnalisé et pouvant être coercitif, c'est pour qu'il permette à la société de se tenir debout et en ordre, pour que chacun puisse y vivre protéger de la force commune de l'Etat.
On peut penser que sans l'Etat, la société serait en désordre, la liberté de chacun étant menacée par celle des autres. A l'état de nature, « l'homme est un loup pour l'homme » ou ne peut se passer de la vie en société malgré son « insociable sociabilité » selon l'expression de Kant.
Le citoyen doit à l'Etat obéissance pour qu'il puisse remplir ses missions. C'est l'idée de contrat social que l'on trouve chez Hobbes et Rousseau même si les modalités de ce contrat et les fonctions de l'Etat sont différentes pour l'un et l'autre. Il y a en effet plusieurs visages de l'Etat et des attentes différentes face à lui: un Etat gendarme, un Etat providence, etc...

II. Mais on peut penser que nous devons davantage à l'Etat et que nous ne devons pas tout attendre de lui

Si on attend de l'Etat qu'il nous protège et permette à chacun de jouir des mêmes droits et libertés, on ne doit pas attendre de l'Etat qu'il fasse notre bonheur. On peut rappeler ici les critiques de Kant et Tocqueville du paternalisme et du « despotisme » doux et prévenant qui peut s'instaurer dans les démocraties, quand les citoyens attendent tout de l'Etat et négligent la sphère publique au nom de la sphère privée.
On ne doit pas à l'Etat qu' obéissance, comme le dit Alain, les deux vertus du citoyen sont l'obéissance et la résistance. La résistance, c'est un esprit critique, une vigilance citoyenne qui permet de ne pas laisser à l'Etat un pouvoir absolu et d'éviter certaines dérives. L'Etat a besoin de citoyens actifs.

III. L'Etat, c'est nous!

Le sujet semble distinguer d'un côté l'Etat et de l'autre, nous, à savoir les citoyens, le peuple. Or on peut penser que cette distinction occulte le fait que l'Etat ne devrait être que l'expression politique de la volonté du peuple souverain et son « ministre ». Nous ne devons pas véritablement à l'Etat, nous devons à nous-mêmes. Nous nous devons de faire en sorte que l'Etat incarne et défende la volonté générale du peuple et non les intérêts d'une classe dominante ou ses intérêts. Nous nous devons de ne pas laisser l'Etat s'autonomiser et décider seul des lois.

corrigé sujet 2 :

Bac 2013 – Série ES - Sujet 2 : Interprète-t-on à défaut de connaître ?

Problème: l'interprétation est la recherche d'un sens dans le cadre d'une herméneutique, la connaissance prétend, elle, à la vérité. On a tendance à opposer les sciences explicatives qui parviendraient à une connaissance rationnelle et rigoureuse de type scientifique (sur le modèle des sciences de la matière et de la nature) et les sciences compréhensives que seraient les sciences humaines, condamnées de part l'objet étudié à ne pouvoir prétendre à une connaissance de type scientifique et à se contenter d'interpréter. A la différence de la connaissance qui serait une (comme la vérité), les interprétations peuvent être multiples et si on peut évaluer leur richesse, leur pertinence , leur cohérence, on ne peut affirmer avec une entière certitude que l'une est plus vraie que l'autre, faute d'un étalon pour le faire. Le sujet invite donc à réfléchir sur cette idée que là où une connaissance est inaccessible, on est condamné à interpréter. Mais les domaines de la connaissance et de l'interprétation sont-ils si cloisonnés et étrangers? N'y a-t-il pas aussi une part d'interprétation dans la connaissance et l'interprétation ne peut-elle pas faire accéder à une certaine connaissance ?

I. La possibilité de connaître dispense de l'interprétation et l'interprétation commence quand la connaissance s'arrête.
En physique, il n'y a pas de place pour l'interprétation. Le scientifique se contente d'observer, d'émettre des hypothèses et de les vérifier par expérimentation.
Les phénomènes ont des causes, des relations invariables qu'il s'agit de faire émerger, d'expliquer. Aucune place ici, semble-t-il pour l'interprétation, comme pour toute forme de subjectivité. On peut étendre ce remarque à toutes les sciences de la nature.
MAIS dans les sciences humaines, cette explication s'avère insuffisante: on ne peut rendre compte d'un événement historique, d'une œuvre d'art, d'un lapsus en psychanalyse simplement en en prenant acte, en exposant ses conditions d'apparition, il s'agit de rendre compte des raisons pas simplement des causes présentes.
On peut penser alors que l'interprétation commence quand la connaissance de type scientifique ne peut pas être. Et que cette interprétation pouvant être multiple, on ne peut prétendre à la vérité.

II. Mais l'interprétation peut amener à une certaine connaissance: donc l'interprétation n'exclut pas la connaissance
En effet, les sciences humaines comme l'histoire exige une certaine interprétation à la fois une certaine lecture de l'histoire et de son moteur et une interprétation des faits, qui exige de la part de l'historien un effort d'incorporation dans l'époque et l'esprit des contemporains de l'évènement. On n'attend pas de l'historien une simple chronologie mais une explicitation des raisons et liens des évènements. Cette interprétation permet de mieux connaître le passé.
En art, on attend aussi que le critique d'art rende compte du sens caché de l'œuvre et des intentions de l'artiste. Cela permet de mieux connaître l'œuvre dans le sens où cela nous permet de la comprendre.

Connaître, ce n'est pas seulement rendre compte des causes, c'est aussi comprendre les raisons qui nous rendent quelque chose intelligible. L'interprétation peut donc éclairer et permettre la compréhension et par là de prendre avec soi, de s'approprier quelque chose, c'est ce qu'est littéralement connaître. Connaître ne se réduit pas à une explication de type scientifique.



III. La connaissance inclut une part d'interprétation ou n'est peut-être qu'interprétation.
Si on assimile la connaissance au résultat d'une démarche scientifique, on dit d'un scientifique qu'il interprète un résultat, une expérience. Il y a donc place pour une certaine interprétation dans les limites imposées par les faits et les théories.
On peut même si on reprend la métaphore de la montre fermée d'Einstein, dire que la connaissance n'est en réalité qu'une description du réel la plus cohérente et efficace, donc que nous sommes condamnés à interpréter, ne pouvant juger si notre description correspond pleinement au réel. On ne dégage pas avec certitude les lois de la nature, mais les « relations invariables des phénomènes » comme le dit Comte.

Donc la connaissance est une interprétation du réel qui s'efforce d'être objective, efficiente et dont la rationalité et l'universalité en fait une connaissance. Donc connaissance et interprétation ne s'excluent pas et connaître ce n'est pas seulement recevoir passivement des faits ou ni posséder avec certitude la vérité une et unique.


corrigé sujet 3 :

Bac 2013- Série ES – Sujet n° 3 - Texte de Anselme TECO


Sommes nous libres de nos choix ? Ne sommes nous pas déterminés soit par la raison soit par les passions ? Dans ce texte Anselme affirme que le choix réside dans la volonté seule. Le problème est de comprendre comment la volonté juge indépendamment de la raison qui lui enseigne ce qu'est la rectitude et indépendamment des passions. Or Anselme n'envisage pas ce dernier cas car il ne saurait y avoir de dilemme qu'entre deux options logiques ( de la raison) : c'est unie à la raison que la volonté juge, c'est conformément à la rectitude qu'elle engage nos actions.

Après avoir illustré l'opposition entre la volonté et la rectitude par l'exemple du choix entre l'amour de la vérité et la tentation du mensonge, l'auteur explique comment la raison donne à la volonté la possibilité du choix. C'est par cette possibilité que la volonté n'est soumise à aucune nécessité. Comment comprendre que la condition de la liberté est la droiture de la volonté ?

I. L'exemple du choix
La volonté droite est celle qui nous détermine à agir conformément à une norme, une règle (régula>directum>droit)
La tentation est du domaine des passions, c'est ce qui nous pousse à agir par notre sensibilité, nos émotions, nos désirs... La volonté est en mesure d'écarter ces passions.Mais il y a une opposition entre agir par notre volonté droite et par rectitude de la volonté : dans le premier cas la volonté se détermine seule à agir, sans être influencée par les passions. Dans le second cas la rectitude est la conformité à la norme de la raison. C'est là que se situe le problème du choix.

II.Union de la volonté et de la raison
Le choix que doit faire la volonté se situe entre deux rectitudes c'est à dire entre deux options de la raison. C'est la volonté qui juge en fonction de ce que la raison lui enseigne. Or dans ce lien entre de la volonté et la raison, on pourrait croire que la première est soumise à la seconde. Comment la volonté est-elle libre de choisir ce que la raison lui enseigne ?

III. La volonté libre
Entre la nécessité que nous impose la raison et notre volonté, peut on parler de libre choix ? La volonté est entièrement libre, elle n'est soumise à aucune nécessité, pas même la mort. La volonté seule engage notre responsabilité dans le choix de nos actions, guidée par la raison elle ne se laisse cependant par déterminer par l'abandon de la rectitude.

À éviter : l'opposition classique entre raison et passion. Nos choix sont déterminés par la volonté droite ou la rectitude de la volonté. Dans les deux cas c'est l'union de la volonté et de la raison qui nous pousse à agir. Pour le dire autrement, la tentation ne peut infléchir la droiture de la volonté.
Il ne faut pas confondre une conception de la liberté qui poserait l'alternative entre voie droite et tentation, car la liberté est définie comme la liberté de choisir ce que l'on doit vouloir.


Rappel : ce sont des pistes pour comprendre et rendre compte du problème dont il est question sans connaissance ni doctrine de l'auteur
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